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30 mai 2013 4 30 /05 /mai /2013 14:16

 Rue 89

roms-du-rhone.JPGLes Roms qui étaient provisoirement hébergés dans un gymnase après l’incendie meurtrier de leur squat il y a quinze jours rue Audibert et Lavirotte, ont été ce mercredi matin remis à la rue pour une majorité d’entre eux.

Sur les 170 personnes accueillies dans le gymnase du 8e arrondissement, 60 d’entre elles ont été prises en charge dans le cadre du dispositif d’insertion « Andatu ». Les 110 autres se retrouvent à la rue.

Comment s’est faite la sélection ? Une porte-parole de la préfecture du Rhône met en avant deux critères :

  • Ne pas avoir bénéficié d’une aide au retour.
  • Ne pas être sous le coup d’une obligation de quitter le territoire.

Ces personnes ont été relogées dès ce matin à la caserne Raby de Bron, ouverte pour le plan froid mais qui avait été fermée il y a un mois.

Ce programme d’intégration, baptisé « Andatu », leur permet de bénéficier notamment d’une carte de séjour, du RSA, d’un logement social et de suivre une scolarité.

Plusieurs associations (dont le MRAP, CLASSES et Médecins du Monde) étaient présentes pour protester contre cette remise à la rue.

 

Philippe Alain, Médiapart

Le préfet du Rhône, applique aux Roms une technique innovante et efficace afin de mettre en œuvre le nettoyage ethnique préconisé par le gouvernement: le tri sélectif appliqué aux sans-abri. Le bâtiment qu’ils occupaient à Lyon avait brûlé le 13 mai parce qu’on les avait obligé à s’éclairer à la bougie. Trois personnes en sont mortes. (1) La préfecture, dans un grand élan de générosité avait mis tout le monde à l’abri, dans un gymnase. 15 jours plus tard, tout le monde est expulsé. A gauche, un groupe de 60 personnes, direction une ancienne caserne, à droite, un groupe de 120 personnes, direction le trottoir.


L’incohérence de la préfecture


Le jour de l’incendie qui coûte la vie à 3 personnes dont un enfant de 12 ans, la préfecture déclare la main sur le cœur: « Devant ce drame, il convient de s’incliner devant la mémoire des victimes, de s’interroger tous ensemble sur notre collectivité humaine et nos actions ». C’est beau comme un requiem. Les autorités ne nous ont pas habitué à ce genre de considération quand il s’agit de Roms. « S’interroger sur notre collectivité humaine et nos actions… ».

 

L’interrogation du préfet ne dure pas longtemps : 15 jours. On aurait pu penser qu’après une réflexion si profonde, de nouvelles solutions allaient être trouvées. Et bien non, on applique la même bonne vieille méthode inventée sous Sarkozy : dégage. Le 13 mai, la préfecture fait mine d’être très touchée par la mort de 3 personnes, s’interroge sur le sens de son action et met à l’abri des familles. Vous me direz, il y a de quoi. C’est justement la préfecture qui avait accordé le concours de la force publique pour expulser ces familles en 2012 d’un immeuble parfaitement salubre, lui. Le 29 mai, après s’être interrogée sur le sens de son action et sur la collectivité humaine, la préfecture jette les mêmes personnes à la rue. Tout ça pour ça. Bien évidemment cela n’a rien à voir avec les considérations du préfet, mais le lendemain de l’incendie, Valls et Taubira étaient venus en grande pompe à Lyon pour parler sécurité. Il y avait devant le squat parti en fumée tout ce que la ville compte de journalistes, de caméras de télévision et de radio. Vous pensez. 3 morts, c’est pas tous les jours. Ce 29 mai sous la pluie, il n’y avait qu’une seule caméra pour filmer l’épisode suivant. Pas de mort, pas de média, pas de mise à l’abri.


50 enfants jetés à la rue dont un nourrisson de 2 semaines


Devant les grilles du gymnase, il y a 120 personnes dont une cinquantaine d’enfants. La plupart sont scolarisés mais pas tous. Par exemple ce nourrisson plus petit qu’un demi bras qui tète le sein de sa mère. Il a deux semaines. Face à l’ampleur des dégâts provoqués par cette expulsion et le nombre impressionnant d’enfants, quelques personnes, conduites par Médecins du Monde se rendent à la Maison du Rhône qui dépend du Conseil Général. Le Conseil Général a en effet une mission de protection de l’enfance et la possibilité de mettre à l’abri pour quelques nuits les familles avec enfants qui se retrouvent à la rue. On pouvait légitimement penser que les personnes les plus à même de protéger un enfant sont ses parents. Et bien non, pas pour le Conseil Général et pas quand ils sont Roms. Aux familles qui viennent demander de l’aide, on propose de séparer les enfants de leurs parents et de les placer en foyer… Les familles, choquées par cette proposition qu’aucune personne n’aurait probablement osé leur faire s’ils n’avaient pas été Roms partent en courant en se demandant si ce pays n’est pas devenu complètement fou.


Le triple mensonge


Pour justifier de la remise à la rue, la préfecture avance le manque de places d’hébergement d’urgence. La France est en crise, les restrictions budgétaires sont là, il n’y a plus d’argent dans les caisses, donc on sacrifie les plus démunis qui en plus ne vont pas se plaindre puisque la plupart d’entre eux ne votent pas. Ce n’est pas très socialiste tout ça, mais bon, pourquoi pas. On n’en a vu d’autres et ce n’est pas fini. Sauf que…Sauf que le lieu choisi pour reloger les 60 gagnants de la grande loterie préfectorale est une caserne désaffectée qui avait justement été ré-aménagée en centre d’hébergement d’urgence dans le cadre du plan froid et que le préfet venait de fermer le 30 avril faute de crédits. Il y a donc un mois, le préfet ferme le centre et met à la rue une centaine de sans-abri, le 30 mai il le rouvre et en remet une soixantaine au même endroit. Comme quoi, au moins dans le Rhône, quand on est préfet, il suffit de jouer sur les lignes budgétaires pour trouver facilement de l’argent. (Je n’ose pas croire que c’est sur le crédit du plan froid qu’il reloge les familles)


Le second mensonge concerne l’argument de l’aide au retour. La préfecture aurait exclu les familles ayant déjà bénéficié de cette fameuse manne de 300 € offerte à tous les roumains pour aller voir en Roumanie si j’y suis. Là encore, pourquoi pas. On vous donne de l’argent pour retourner chez vous, il faudrait pas se foutre du monde et revenir ensuite. Quoi la libre-circulation ? Vous vous prenez pour des capitaux ou des marchandises ? Vous rêvez  ? On vous expliquera plus tard. Sauf que… Sauf que dès l’ouverture du gymnase des fonctionnaires de l’OFII (Office Français de l’Immigration et de l’Intégration) sont passés à 2 reprises pour proposer l’aide au retour à tout le monde. Ils sont même passés la proposer à tous les candidats malheureux qui n’ont pas tiré la bonne carte et ont vocation à se désintégrer dans la rue. D’après les textes, l’aide au retour ne peut être attribuée qu’une seule fois. Donc de 2 choses l’une. Soit la préfecture ne respecte pas les critères d’attribution de l’aide au retour, soit elle raconte n’importe quoi quand elle prétend que les personnes écartées ont bénéficié de l’aide au retour.


Le troisième mensonge concerne les OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français). Les familles ont été jetées à la rue, d’après la préfecture, parce qu’elles sont en situation irrégulière et qu’elles ne possèdent pas de droit au séjour. Sauf que… Sauf que, parmi toutes les personnes qui se retrouvent sur le trottoir, seules 5 d’entre elles se sont vues notifier une OQTF. 5 sur 120… Alors ici encore, de 2 choses l’une. Soit la préfecture fait très mal son travail en laissant dans la nature de dangereux roumains clandestins qu’elle avait pourtant sous la main, soit elle raconte n’importe quoi quand elle prétend que les personnes écartées sont celles qui ont des obligations de quitter le territoire.


La violation de la loi et de la circulaire


En jetant à la rue des dizaines de personnes dont des enfants en très bas âge, la préfecture viole 2 articles du Code de l’Action Social et des Familles. L’article 345-2-2 qui stipule que « Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique et sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. » Et l’article 345-2-3 qui stipule que toute personnes accueillie dans un centre d’hébergement d’urgence ne peut être remise à la rue sans qu’on lui propose une solution d’hébergement alternative. (3) A Lyon, ce n’est pas une première. Chaque soir, plus de 400 personnes en situation de détresse se voient refuser un hébergement d’urgence. A Lyon, chaque fin d’hiver, des centaines de personnes sont jetées des centres d’hébergement d’urgence. A Lyon, la circulaire inter-ministérielle du 26 août 2012 qui prévoit d’établir un diagnostic personnalisé avant de procéder à une expulsion n’est pas du tout appliquée. Le préfet du Rhône enchaîne les expulsions de bidonvilles sans se préoccuper de la circulaire pourtant signée par 7 ministres.


La violation de la parole politique


Enfin, et ce n’est pas une nouveauté, mais c’est très grave tant cela est en train de remettre en cause le principe même de notre système démocratique. Cet épisode malheureux démontre une fois de plus que la parole politique ne vaut plus rien. Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent nous dit-on, mais on a du mal à s’y faire. Il y a un an, le 22 mai 2012, Cécile Duflot promettait la fin de la gestion au thermomètre qui consiste à mettre à l’abri l’hiver et à rejeter à la rue au printemps : «Aucun sans domicile fixe ne sera remis à la rue de façon brutale comme cela a été fait ces dernières années» (4) Il paraît que ce n’est pas la faute à Duflot qui a demandé les moyens de cette politique, mais la faute à Ayrault qui ne lui a pas donné les millions nécessaires. Toujours est-il que la politique menée contre les sans-abri en général et les Roms en particulier est la même que celle du gouvernement précédent pourtant durement critiqué à l’époque par les socialistes. Plus personne ne voit de différence entre hier et aujourd’hui. Le Front National va battre tous ses records grâce à l’aimable collaboration des socialistes qui banalisent et appliquent ses thèses discriminatoires et racistes.


Conclusion


Après avoir passé plusieurs heures à errer dans la ville, les familles ont trouvé un site industriel désaffecté. Elles ont à peine eu le temps de poser leurs bagages que la police était déjà là. Quelques minutes plus tard, tout le monde était à nouveau expulsé sur ordre de la préfecture. Vieillards, femmes, enfants et bagages se retrouvaient une fois encore à la rue. 120 personnes de plus, dont 50 enfants, ont passé la nuit dehors dans le froid et la pluie d'un hiver qui ne finit jamais.

 

(1) http://blogs.mediapart.fr/blog/philippe-alain/150513/la-france-construit-sa-politique-anti-Roms-sur-des-cadavres

(2) http://blogs.mediapart.fr/blog/philippe-alain/260313/faites-des-economies-triez-vos-sans-abri

(3) http://blogs.mediapart.fr/blog/philippe-alain/290512/hebergement-durgence-cecile-cause-toujours-tu-minteresses

(4) http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=5BCCF1E4222B3CEC40E094FEFFB2E42A.tpdjo07v_2?idArticle=LEGIARTI000020459026&cidTexte=LEGITEXT000006074069&dateTexte=20110219&categorieLien=id

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Published by Sylvie ASSE
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QUI SOMMES-NOUS ?

En janvier 2012, marqué par la souffrance des sans-abris, des sdf et des exclus, un groupe d’internautes se constitue en association de fait baptisée « Collectif Entraides Citoyennes ». Pendant un an, il soutient des projets dédiés au secours d’urgence nés de l’initiative de particuliers et d’associations. Quinze mois plus tard, le collectif décide d’intensifier son action et de devenir une association loi 1901 afin d’étendre son champ d’action.

Objet :

L’association « Entraides Citoyennes » a pour objet de :
1) soutenir toutes les personnes physiques ou morales dans leurs actions au bénéfice des sans-abris, des sdf et des victimes de l’exclusion qui lui en font la demande par : la communication de leurs actions ; l’organisation, la participation ou la coordination d’opérations pour renforcer leurs moyens et leurs ressources ; la collecte et la redistribution de produits de première nécessité : vêtements, hygiène, nourriture, matériel, etc. ; tout autre moyen qui fera l’objet d’une convention

2) soutenir directement les sans-abris, les sdf et les victimes de l’exclusion par tous les moyens, en vue d’un exercice effectif de leurs droits fondamentaux,  notamment : prêt et don de produits de première nécessité ; défense de leurs droits, libertés et intérêts devant toute juridiction administrative, civile ou pénale

Déclaration en préfecture de Paris le 04 06 2013 - RNA n° W751220057 - Publication au JO du 15 06 2013, N° d'annonce : 1418, N° de parution : 20130024.

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