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21 novembre 2012 3 21 /11 /novembre /2012 06:58

expulsion-roms-2-10-2012.jpg

En octobre 2010, à la suite de l'évacuation d'un camp de Roms, Véronique Decker, directrice de l'école Marie Curie de Bobigny, avait aidé des familles à trouver des solutions afin que les enfants ne dorment pas dehors et puissent continuer à venir régulièrement à l'école. Etat des lieux un an après, en 2011.

Reportage : Leila Djitli

Réalisation : Julie Beressi

 

Comme en août dernier :

vêtements d'enfants,

fournitures scolaires,

jeux et jouets...

Vos dons sont les bienvenus

Clic, clic...

 

 

 

 

 


 

Deux ans après, en 2012, les choses ne changent guère...

 

Le Parisien, 02 10 2012

 

Ils ont eu peur de perdre leurs affaires et de voir leurs caravanes détruites s’ils attendaient le jour de l’expulsion. Depuis plusieurs jours, la police avait prévenu : le terrain serait évacué ce matin à 6 heures. Conformément à la décision de justice du tribunal. Et avec le concours de la force publique accordée par le préfet.

 

Alors, dimanche soir, les Roms des Six-Routes à La Courneuve ont pris la route, avec leurs caravanes hors d’âge, aux carreaux cassés. Ils ont trouvé un autre terrain, rue Politzer, toujours à La Courneuve. Pour quelques heures seulement, puisque la police les a délogés hier. Les caravanes se sont alors péniblement alignées dans les rues de cette zone industrielle.


Les tentatives d’intervention de plusieurs associations et du Défenseur des droits, Dominique Baudis, n’ont rien donné. Eux dénonçaient l’absence de concertation préalable à l’évacuation du terrain. Hier, comme l’avait redouté la directrice de l’école Marie-Curie à Bobigny, Véronique Decker (notre édition d’hier), les enfants roms n’étaient pas en classe.


« On ne peut pas aller à l’école si, quand on revient, nos parents ont été chassés par la police, on va les retrouver comment? » résume en français, le petit David, 11 ans, en classe de CM 2. Hier midi, au lieu d’être à l’école, il était dans la fourgonnette familiale, avec ses frères, ses sœurs et leur mère qui a accouché à cinq reprises à Delafontaine, à Saint-Denis. Les enfants expliquent être allés en Roumanie pendant un an il y a trois ans. Mais c’est en France qu’ils ont le plus vécu, et en Seine-Saint-Denis surtout. Avant La Courneuve, ils étaient à Dugny. D’autres étaient à Bobigny.


Une vingtaine d’enfants de l’ancien campement des Six-Routes sont scolarisés en élémentaire à Bobigny ou au collège à Drancy. « Pour qu’ils apprennent à lire, à écrire, à avoir un métier », explique la mère de David en romani. Ce sont ses enfants qui traduisent. « Nous, on ne vole pas, on ne mendie pas, on va à l’école, pourquoi on ne nous donne pas un terrain aménagé à nous aussi? » questionne Manuel, 13 ans, un frère de David. Lui est au collège à Drancy, en 5e. Lui aussi parle de ses copains d’école, « pas que des Roms, mais aussi des Noirs et des Arabes ». Il se rêve mécanicien. Même s’il « aime l’école », il ne se voit pas non plus y retourner tant que les familles n’auront pas trouvé de terrain « stable ».

 

Véronique Decker témoigne de nouveau


La rue du Moulin Fayvon est en fait une minuscule impasse, à l’entrée du Parc Départemental de La Courneuve. Là, derrière un carré de palissades, quelques caravanes constituent un « camp rom ». Ce n’est pas à Bobigny, mais une partie des enfants de ce camp sont tout de même scolarisés dans notre école.


D’expulsions en expulsions, lorsque les enfants parviennent à fréquenter dans une école, ils adorent y rester. Il faut reconnaître que la mairie de Bobigny a une réelle tradition d’accueil : elle accepte volontiers de les scolariser, de les inscrire à la cantine, à l’étude, et d’appliquer, pour les tarifs de cantine, le quotient familial à la mesure des faibles revenus des parents. C’est suffisamment rare pour être salué.


Mais comme au bout de quelques mois, enfants et parents sont souvent à nouveau expulsés, nous avons comme élèves à l’école des enfants qui viennent parfois de loin. Ceux du Moulin Fayvon sont scolarisés chez nous depuis trois ans. Et ils habitent ce terrain depuis plus d’un an. Cela leur a permis de se poser, de se tranquilliser et de stabiliser leurs apprentissages. Tous parlent maintenant le français avec aisance, à part la petite Sofia qui entre en CP cette année.


La semaine dernière, lorsque la police est passée au camp pour annoncer sa destruction prévue le mardi 2 octobre, les familles sont venues m’en parler. Je leur ai dit que cela n’était pas possible, puisque, avec le nouveau gouvernement, il fallait désormais faire un diagnostic social et veiller à la continuité scolaire des enfants.


Or, à ce sujet, personne ne m’avait contacté. Mais j’avais prévenu l’association qui veille sur les droits des enfants « Défense des Enfants International », qui a alerté le Défenseur des Droits Dominique Baudis. Et la présidente de l’association, à son tour, a prévenu les autorités, répondu aux médias, écrit des communiqués. Du coup, j’ai passé pendant le week-end un après-midi au camp avec une équipe de France 3.


Je venais d’apprendre que les expulsions avaient été suspendues dans la région nantaise, en attendant l’application des nouvelles directives. Il n’y a en France qu’une seule République et qu’un seul Parlement. Les lois qui s’appliquent à l’Ouest sont valables sans aucun doute pour l’ensemble des régions. C’est là un principe intangible, en même temps qu’une notion de base de toute instruction civique.

 

Or, au moment où j’écris ce billet, le 30 septembre, non seulement nous n’avons aucune réponse des autorités, mais des représentants de la préfecture et des policiers sont passés plusieurs fois au camp pour confirmer l’imminence de l’expulsion.


Les destructions de caravanes, les expulsions de terrains ne permettent en rien de résoudre la situation des Roms en Europe. Le gouvernement précédent n’avait cessé d’expulser sans que cela ne change la donne. Au contraire : en rendant inefficace le travail des associations, le suivi médical, la scolarisation des enfants, en traumatisant les gens, cela n’aboutit  qu’à faire monter la haine, là où il faudrait au contraire travailler à l’intégration.


La France connaît une crise économique ? Sans doute et toute l’Europe est touchée. Mais nous devrons nous en sortir tous ensemble, de toutes nationalités, de toutes origines, de toutes religions et avec les Roms aussi, citoyens européens. Oui, citoyens européens, comme le faux bon sens « sécuritaire », appuyé par la paresse de certains médias, oublie systématiquement de le rappeler.


Ce qui signifie que le seul chemin ouvert est celui de l’intégration. Ceux qui ont du mal à l’admettre iraient-ils jusqu’au bout de leur logique, qui consisterait à définir, sur critères ethniques, une sous-citoyenneté européenne ? Il existe, ça et là en Europe, certains forces politiques extrêmes qui en rêvent et, faute de cette inimaginable régression légale, ne seraient pas gênées de revenir à la période des pogroms.


Au nom de ces enfants que je connais, qui ne sont pas pour nous des données abstraites - Samuel, David, Salomon, Manuela, Sofia, Anca, Florina, Christina, Manuel, Bianca, et au nom de tous les autres enfants du camp, qui vont dans d’autres écoles - je ne peux pas rester passive. Ma voix s’associe à celles qui demandent un moratoire immédiat sur les expulsions et l’ouverture de discussions associant les personnes concernées pour que leurs vies, leurs maigres biens, leurs enfants ne soient plus sous la menace.


C’est par la construction de solutions pérennes, avec les gens, par l’accès au droit commun de tous, en commençant par le droit à l’école, le droit au travail légal, le droit aux services sociaux que nous pourrons construire une société plus juste. Et si jamais l’expulsion a lieu tout de même, malgré les appels des associations, les reportages des journalistes, on saura que l’Etat français est sur un mauvais chemin.


 

Roms-et-directrice-ecole-qui-fait-de-la-resistance.jpg

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Published by Sylvie ASSE
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QUI SOMMES-NOUS ?

En janvier 2012, marqué par la souffrance des sans-abris, des sdf et des exclus, un groupe d’internautes se constitue en association de fait baptisée « Collectif Entraides Citoyennes ». Pendant un an, il soutient des projets dédiés au secours d’urgence nés de l’initiative de particuliers et d’associations. Quinze mois plus tard, le collectif décide d’intensifier son action et de devenir une association loi 1901 afin d’étendre son champ d’action.

Objet :

L’association « Entraides Citoyennes » a pour objet de :
1) soutenir toutes les personnes physiques ou morales dans leurs actions au bénéfice des sans-abris, des sdf et des victimes de l’exclusion qui lui en font la demande par : la communication de leurs actions ; l’organisation, la participation ou la coordination d’opérations pour renforcer leurs moyens et leurs ressources ; la collecte et la redistribution de produits de première nécessité : vêtements, hygiène, nourriture, matériel, etc. ; tout autre moyen qui fera l’objet d’une convention

2) soutenir directement les sans-abris, les sdf et les victimes de l’exclusion par tous les moyens, en vue d’un exercice effectif de leurs droits fondamentaux,  notamment : prêt et don de produits de première nécessité ; défense de leurs droits, libertés et intérêts devant toute juridiction administrative, civile ou pénale

Déclaration en préfecture de Paris le 04 06 2013 - RNA n° W751220057 - Publication au JO du 15 06 2013, N° d'annonce : 1418, N° de parution : 20130024.

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